MORTAIN: LA CÔTE 314: LE BATAILLON PERDU.

Hello,

Aujourd’hui direction la commune de Mortain-Bocage, (50359), dans le département de la MANCHE.

Loulou et moi avons visité ce petit coin, ou ça a sévèrement friter entre les Américains et les Allemands. D’ailleurs dans le titre « le bataillon perdu », ça donne le ton de l’article direct!

Cette colline avec son plateau culminant à 314 mètres d’altitude, où se trouve la Petite Chapelle (appelée Montjoie ou côte 314) joua un rôle majeur dans la violente bataille qui se déroula du 6 au 12 août 1944.

Je vais pas tergiverser pendant des heures et j’attaque de suite le point historique :

Lors de la Contre-Attaque de Mortain, un bataillon américain fut encerclé au sommet de la colline. Les pertes humaines furent nombreuses. La ville de Mortain, jusque là épargnée par les bombardements, fut détruite à plus de 80%.

Tout commence le 6 août 1944, avec le 120th Infantry Regiment U.S. qui relève le 18th IR de la 1ère division d’infanterie américaine à Mortain. La colline 314 à l’est et au nord-est de la ville constitue un point stratégique très important qui doit être conservé coûte que coûte. Le colonel Birks installe alors des barrages routiers sur tous les axes menant à Mortain. Le PC du 2ème bataillon du 120th IR c’est quant à lui installé dans le centre-ville de Mortain.

Le 7 août 1944, sur ordre d’Hitler, la contre-attaque allemande tente de couper la route aux Américains entre le Cotentin et la Bretagne.

L’opération Lüttich débute le 7 août, vers une heure du matin. Les Allemands envahissent rapidement le barrage sur la route au sud, et en quelques minutes, ils se retrouvent dans les faubourgs de Mortain. plusieurs petits groupes s’infiltrent dans le secteur de la compagnie G. L’attaque est brutale et si bruyante que la compagnie américaine croit à l’assaut de tout le bataillon allemand. Le succès pour les Allemands va être de courte durée. Dès l’aube, la compagnie G les anéanti.

Puis vers deux heures, les Allemands du 3ème bataillon du régiment « Der Führer » frappent le flanc gauche du bataillon dans les environs de l’Abbaye Blanche. Le barrage routier installé permet aux troupes US d’infliger de lourdes pertes à l’ennemi. Cependant, plusieurs d’entre eux contournent le barrage et entrent dans Mortain par le nord.
Le 120th IR engage la compagnie C pour expulser l’ennemi de Mortain et rétablir le barrage au sud, sans succès. L’infanterie allemande et des blindés occupent Mortain dès l’aube. Les compagnies du 2nd Bataillon sur la cote 314, renforcées par d’autres unités dont une section antichars, sont désormais totalement encerclés.

Vers huit heures, après la dispersion du brouillard, les Américains découvrent des colonnes blindées ennemies et des troupes d’infanterie arrivant de l’est et du sud-est. Soit les troupes allemandes ignorent que la côte 314 est occupée, ou bien ils choisissent de ne pas s’en préoccuper.

Si les Allemands ignoraient auparavant que la côte 314 était occupée, maintenant ils sont parfaitement au courant, et comprennent très vite que le contrôle de la colline est primordial. En effet si ils atteignent la côte 314, ils pourront avoir une excellente vue des positions américaines.


Vers 10 heures, un barrage d’artillerie sur la colline est déclenché, les compagnies américaines E et K subissent le bombardement. L’infanterie allemande avec quelques blindés, attaque. L’artillerie américaine réussit à stopper la principale attaque, mais les S.S. ont réussi à rentrer dans la zone U.S. de la compagnie E, engageant un difficile combat. Les Allemands se replient et les lignes défensives sont rétablies. Les pertes de la compagnie E sont alors élevées.

Les unités américaines présentent sur la côte 314 n’ont plus de contacts avec le commandant du bataillon et son PC depuis la première attaque allemande. Le lieutenant-colonel Hardaway et son état-major, (l’executive officer, les S2 et S3 et 15 hommes de la compagnie d’état-major) installés dans la ville de Mortain sont forcés de se cacher après l’arrivée des troupes allemandes, mais finalement ils sont capturés le lendemain. Le capitaine Erichson, de la compagnie F, est alors obligé de prendre le commandement des unités.

Vers 14 heures, l’ennemi lance un nouvel assaut pour tenter de prendre la colline à partir de l’ouest, c’est-à-dire à partir de Mortain même. La compagnie G repousse cette nouvelle attaque rapidement, mais les Allemands ne cessent d’attaquer et infligent de lourdes pertes aux Américains. Durant la nuit, ils envoient des patrouilles dans la zone, malgré tout les américains tiennent bon et les S.S. ne prennent pas la colline.


La quantité de munitions du côté américain devient problématique, l’évacuation des morts et des blessés est impossible. La communication avec le régiment se fait entièrement par radio. Le régiment propose de ravitailler le Bataillon par les airs.
Tandis que les Allemands harcèlent le secteur toute la nuit avec des patrouilles, de l’artillerie et des tirs de mortier.

Dans la journée du 8 août 1944, l’ennemi effectue de timides assauts pour prendre la colline. Il continue cependant son attaque dans les environs de Mortain, évitant la côte 314. Les lignes de ravitaillement et les lignes arrière allemandes sont constamment harcelées par l’artillerie U.S.


 Le bataillon américain quant à lui, est confronté à plusieurs problèmes : le manque de nourriture, de munition et de matériel médical. Les batteries radio se sont rapidement affaiblies. Afin de les préserver, seule une compagnie utilise ses radios en cas d’urgence. Les ordres et informations reçus du régiment sont donnés aux compagnies par les patrouilles.


Les blessés sont rassemblés dans chaque compagnie et abrités dans des tranchées, aucune aide médicale n’est disponible. La plupart des morts sont restés là où ils ont été tués, il faut attendre la nuit pour les récupérer, et les regrouper dans un lieu dans chaque secteur de compagnie, en dehors des regards.
Les patrouilles ennemies assaillent les troupes américaines toute la nuit et les hommes du bataillon U.S. n’ont quasiment pas dormi. Malgré ces conditions difficiles, le moral reste élevé.

Le 9 août, la tentative par le régiment et le reste de la division de secourir le bataillon a échoué. Les premiers signes de faim et de soif apparaissent. Les dernières réserves de rations K sont épuisées depuis la veille. Il ne reste que des légumes crus provenant de potagers, qu’ils partagent avec neuf fermiers restés sur la colline. Il n’y a plus de ravitaillement de munition. Plusieurs blessés graves sont morts durant la nuit. Les corps des morts, alliés ou ennemis, commencent à se putréfier avec la chaleur. La puanteur sur la colline est alors écœurante et suffocante.

Pour essayer de sauver la situation, des ravitaillements pour le Bataillon sont chargés dans deux avions d’observation d’artillerie, mais les deux appareils sont touchés par la Flak en s’approchant des lignes ennemies.
La division prévoit alors l’envoi de C47 pour réaliser le ravitaillement les troupes. Il est prévu pour le lendemain, le 10 août. L’information est relayée aux hommes assiégés qui ont des doutes quant au succès de l’opération. L’ennemi a sans doute repéré les échanges radio et connait la situation du bataillon.

A 18h20, un sous-officier de la division Götz von Berlichingen, (Poing de Berlin), le SS-Uscha Tetzlaff, s’approche des positions de la compagnie E avec un drapeau blanc, indiquant qu’il est chargé de faire des propositions honorables de reddition et que le bataillon est encerclé. Le lieutenant Elmer C. Rohmiller lui répond : « Allez au diable, et maintenant fichez le camp de cette colline, si vous ne voulez pas qu’on vous descende ». L’officier S.S. ajoute : « Votre chef, le lieutenant-colonel Hardaway, est notre prisonnier, votre situation est désespérée ». Il indique par ailleurs qu’il n’y a pas de déshonneur à se rendre dans ces circonstances, et promet que les hommes seront bien traités et qu’il sera assurer de toute l’aide médicale possible pour les blessés. Ces derniers réagissent : « No, no, no surrender », « I want no truce with this bastards » (pas de trêve avec ces gens-là ». Enfin, le S.S. ajoute que si l’offre n’est pas acceptée pour 20 heures, le bataillon sera anéanti. La requête est transmise au lieutenant Ralph Kerley de la compagnie E, sa réponse ne se fait pas attendre, lui et ses hommes se battront jusqu’à ce que la dernière cartouche soit tirée, et jusqu’à ce que leur baïonnette s’enfonce dans le ventre des Allemands.

Comme prévu, l’ennemi lance l’assaut vers 20h15 avec des blindés et de l’infanterie. Les SS envahissent les positions américaines. Le commandant de la compagnie E ordonne à l’artillerie de frapper dans leur propre secteur. L’attaque est arrêtée, les troupes SS sont durement touchées et se replient.

Le 10 août, vers 15h30, un groupe d’avions de combat alliés apparaît en bombardant et mitraille plusieurs zones ennemies. Vers 16 heures, les chasseurs reviennent, escortant des C47 qui parachutent le ravitaillement.
 

La moitié du largage tombe malheureusement à l’intérieur des lignes ennemies, mais le bataillon récupère malgré tout de la nourriture, des munitions et des batteries radio. En début de soirée, des produits médicaux sont envoyés au bataillon par le 230th Field Artillery Bataillon : le matériel, contenant pansements, bandages, plasma et morphine, est placé dans des obus fumigènes dont le contenu a été remplacé. Du fait de l’obscurité et des ricochets, les obus ne seront pas retrouvés.

le 11 août, l’artillerie américaine continue d’envoyer du matériel médical. Cette fois, les six obus envoyés sont retrouvés mais les poches de plasma n’ont pas résisté à l’impact, alors que l’ennemi entame des mouvements de départ vers l’est. Les Allemands se retirent.

Le rétablissement des communications avec le régiment et l’artillerie, permet au bataillon d’infliger des dommages très importants sur les colonnes en retraite. Tandis que l’aviation alliée écrase les colonnes allemandes. Cela va durer toute la journée. Durant la nuit, les principaux éléments de l’infanterie allemande se retirent.

Le 12 août, vers 11h30, les premiers éléments de la 320th IR américains prennent contact avec la compagnie G. Les blessés sont très vite évacués et de la nourriture est distribuéee. Le 1er bataillon du 119th IR passe par Mortain et rejoint la compagnie K. Le 2nd Bataillon du 120th IR est alors relevé à 13 heures, ce même jour. Le Bataillon a rempli sa mission, mais à un prix sanglant.

Du 7 au 12 août, sur les 950 soldats américains du bataillon, désormais appelé « le Bataillon perdu » (The Lost Battalion), 277 sont tués, 297 sont prisonniers ou disparus, seulement 376 hommes sont encore en état de combattre.


J’espère que mon article n’est pas trop long et rébarbatif, mais l’histoire de ce petit bout de colline qui fut l’épicentre de combats terribles, est à mes yeux important à rappeler, ainsi que le sacrifice de nombreux soldats. Si vous passez dans le coin, il faut aller voir. Deux parcours sont à découvrir, le premier vers la Petite Chapelle avec un espace commémoratif et le deuxième sur les Rochers de la Montjoie, (côte 314), où les troupes étaient installées. Prévoir, des baskets ou chaussures de randonnée, c’est plus pratique. Par contre les sites ne sont pas accessibles aux personnes à mobilité réduite du fait des sentiers et de la pente. Attention aux enfants près des rebords de la colline. Sinon, dès 12 ans pour connaitre l’histoire du lieu, et un peu plus jeune sous la surveillance d’adultes pour découvrir ce petit coin très paisible de nos jours.

Enfin, si vous souhaitez retrouver tous mes articles, n’hésitez pas à cliquer sur le MENU/CATÉGORIE, dans la colonne de droite ou pour les portables et certaines tablettes en bas de page. Ainsi, vous les retrouverez répertoriés par rubriques et départements.

INTÉRÊT HISTORIQUE :

Note : 5 sur 5.

ACCESSIBILITÉ :

Note : 3 sur 5.

ENFANTS :
    

Note : 2.5 sur 5.

(Photos collection privée Patricia Gontier)

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